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La conscience intime de Dieu au quotidien
Ainsi, nous avons vu que porter la foi revenait à accomplir notre nature, ce pourquoi nous sommes né. Cependant, ce n'est pas parce qu'adorer Dieu est naturel pour l'homme que cette adoration doit être passive. L'homme est facilement tenté de se laisser aller aux futilités et aux passions ; l'adoration de Dieu n'est pas spontanée, elle se travaille. Il faut faire un effort sur soi, s'investir personnellement, pour s'approcher du Guide, du Sublime. D'où la nécessité des rituels, de l'aspect encadrant de la religion. L'homme oublie la présence de son Seigneur avec une facilité déconcertante, c'est un fait. Ainsi, en Islam, tous les actes d'adoration sont destinés à être des rappels.
«Tout ce que vous possédez s'épuisera, tandis que ce qui est auprès de Dieu durera. Et Nous récompenserons ceux qui ont été constants en fonction du meilleur de ce qu'ils faisaient.»
Coran, Sourate des abeilles (16), ayat 96
La prosternation devant le Très-Haut au minimum cinq fois par jour, le jeûne durant le mois de Ramadan, l'aumône envers les nécessiteux, le pèlerinage à la Mecque si cela est possible financièrement. Tout cela est Rappel. Se prosterner côte-à-côte avec ses frères et s½urs en Dieu est aussi important. La communauté spirituelle doit aller ensemble vers Dieu. Face à Dieu, l'humanité est un tout avant d'être un amas d'individus. Se sentir proche des gens qui ont les mêmes principes, la même éthique que nous ; prier avec eux, s'apporter mutuellement le savoir, s'échanger des conseils, tout cela à son importance. L'individu n'est responsable que de ses actes, mais le sentiment d'appartenir à un tout est aussi indispensable à l'éveil spirituel.
Tout cela est donc Rappel. Rappel de Dieu, de sa présence réconfortante, de notre petitesse face à l'infinité de l'univers, rappel pour toujours garder à l'esprit qu'Il nous observe à chaque instant, pour savoir rester digne même dans les situations difficiles, pour toujours agir selon les principes de justice et de droiture. Rappel qu'un jour, nous serons jugés, sur nos actes mais aussi sur nos paroles. La conscience intime de Dieu se constitue donc de ce subtil mélange d' Amour et de Crainte.
C'est donc par les rituels que l'homme se souvient de Dieu. Elles ne sont cependant pas une fin en soi. Se souvenir de Dieu revient forcement à réformer son c½ur, son esprit, son comportement, et ce au quotidien. Pratiquer les rituels sans s'améliorer dans la pratique de la vertu n'est d'aucune utilité à l'homme. Croire en Dieu, croire réellement en Lui, en Sa présence avec certitude, implique forcément un changement dans la façon de parler à son entourage, dans la façon de gérer son temps et son argent, etc... C'est cela la foi. Mais les actes d'adoration ne sont pas les seuls rappels que Dieu nous offre. Pour celui qui croît avec certitude, le moindre petit détail de la vie de tous les jours lui rappelle la présence de Son créateur, la générosité de ses bienfaits.
« Ceux qui sont dans les cieux et la terre L'implorent. Chaque jour, Il accomplit une oeuvre nouvelle. Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous?».
Coran, sourate du Tout-Miséricordieux (55), ayat 29-30
La nourriture que nous avons la chance d'avoir tout les jours dans notre assiette, un oiseau qui déploie ses ailes, la perfection du cycle des saisons et des astres, ... parfois même un geste d'une personne, un sourire, peut être un rappel, un signe, une preuve. Encore faut-il avoir conscience de ces petits détails si précieux... Toutes ces choses que l'homme pense normales... ne doit-on pas être reconnaissants envers Dieu des bienfaits qu'Il nous offre, n'est-il pas évident que nous devons le remercier pour toute ces choses ?
Méditer sur Dieu en marchant, en s'endormant, tout cela est aussi acte d'adoration, tout cela est aussi prière. En islam, aimer sa femme (ou son mari) est aussi acte d'adoration, à condition bien sûr que cela soit fait dans la conscience de Dieu.
Avoir la certitude de Dieu en permanence est bien sûr un idéal, mais c'est à cela que nous devons nous approcher. Voilà certes la porte de la sagesse, du bonheur, et de l'épanouissement de l'humain !
L'impératif de la justice et l'appel au bien ;
La religion complète
Le Coran insiste beaucoup sur le Jour de la Résurrection, jour où les hommes seront jugés sur ce qu'ils ont fait de leur prédisposition à la foi, de leur langue, de leurs mains, de leur temps libre, et de leur intelligence. Le jour où Dieu dira à ceux qui ne croient pas ;
«"Mes versets ne vous étaient-ils pas récités et vous les traitiez alors de mensonges ? " Ils diront : "Seigneur! Notre malheur nous a vaincus, et nous étions des gens égarés." Il dira : "Il y eut un groupe de Mes serviteurs qui disaient : "Seigneur, nous croyons; pardonne-nous donc et fais-nous miséricorde, car Tu es le meilleur des Miséricordieux", mais vous les avez pris en raillerie jusqu'à oublier de M'invoquer, et vous vous riiez d'eux."»
Coran, sourate des croyants (23), ayat 105-106,109
Le rappel de ce Jour dans la conscience du croyant n'est pas sans conséquence ; au-delà de la simple foi passive ou de la croyance professée par la langue, il y a la vraie croyance : celle qui appelle à réformer son comportement, à pratiquer le bien et à exiger la justice.
La justice, c'est redonner à chacun ce qui lui est due; le but et le rôle de la religion, c'est de la mettre en ½uvre. La première des justices est d'abord celle que l'on s'attribue à soi-même. La foi et son entretien accomplît la nature de l'homme ; renier cette foi, renier son Créateur, c'est se renier soi-même, c'est être injuste envers soi-même.
Cette exigence qu'il faut avoir vis-à-vis de soi doit être un Signe pour ceux qui ne croient pas. Idéalement, le musulman doit pouvoir attirer à l'Islam sans même prononcer une seule parole concernant sa religion.
Sa pratique du bien doit attirer les autres à faire de même,sa condamnation du blâmable doit attirer les autres à faire de même. Son noble comportement doit réveiller la conscience des gens qui l'entourent, qui doivent se dire alors en eux-mêmes ;« Qu'est-ce qui le fait agir avec tant de sagesse, tant de prise de recul ?»
«Aussi Nous avons fait de vous une communauté du juste-milieu pour que vous soyez témoins aux gens, comme le Messager est témoin à vous.»
Coran, sourate de la génisse (2), ayat 143
Et puis il y a l'exigence de la justice en ce qui concerne les rapports entre les gens et la société. Quelqu'un qui croît avec certitude en Dieu et qui sait que sa foi est une responsabilité, ne peut accepter les injustices sociales, les milliers de SDF dans la rue, une économie mondiale sans éthique qui a oublié l'Homme, ou pire encore, les peuples humiliés ici et là à travers le monde pour les caprices de quelques-uns. La foi n'est pas passive,elle ne demande pas à être enfermée dans un monastère ; elle appelle à l'action, au changement vers le mieux, dans la conscience de Dieu.
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Ainsi, la foi en Dieu appelle à un effort (jihad) autant envers soi-même que pour les autres. A ce sujet, le Prophète Muhammad (pbDsl) avait dit, en revenant d'une bataille ; "Nous revenons sains et saufs, nous rentrons du Jihad Asghar (petit jihad) vers le Jihad Akbar (grand Jihad). Les compagnons demandèrent : Ô Prophète, quel Jihad peut il être plus grand que celui que l'ont vient d'accomplir ? Il répondit :
"Le Jihad (la lutte, l'effort) d'un serviteur (de Dieu) contre ses propre désirs".
(Yahya ibn Al 'Ala ; Tarikh al Baghadadi 13/49)
En ce sens, le grand jihad est l'effort que nous devons faire, chaque jour, pour lutter contre notre fainéantise naturelle, nos envies de futilité, nos passions qui nous forcent à aimer des idoles, et qui au fond ne nous servent à rien.
Cette parole du Prophète (pbDsl) nous apprend donc que notre combat contre nos passions dans la vie de tous les jours est ce qu'il y a de plus important pour Dieu. En revanche, en aucun cas elle ne nous enseigne qu'il faille renier le petit jihad.
Lorsque l'injustice atteint un niveau inadmissible, lorsque les dialogues n'aboutissent à aucune solution, alors que la communauté musulmane est souffrante et humiliée, le jihad du combat armé, de l'engagement physique est tout à fait légitime. Celui qui voit à la télévision tous les jours, des massacres, des injustices, et qui décide de partir, de s'engager au nom de principes en lesquels il croit, celui-là n'est-il pas vertueux ? Même le philosophe Rousseau disait que sacrifier son intérêt privé au profit de l'intérêt commun, que sacrifier sa vie pour son peuple était la plus belle des vertus. Il n'y que les sociétés corrompues qui peuvent proposer des hommes faibles, efféminés, passifs, et bien installés dans leur confort facile comme des modèles de vie.
«Ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la prière, acquittent l'aumône, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable. Cependant, l'issue finale de toute chose appartient à Dieu.»
Coran, sourate du pélerinage (22), ayat 41
Bien sûr, le jihad ne consiste pas à attaquer tout les non-croyants que l'on croise dans la rue. L'Islam appelle à la paix, et à la sérénité réciproque entre les gens. Mais nous ne renions pas l'appel au combat armé quand la protection de la communauté est en danger. Demander à son frère de tendre l'autre joue quand il se fait humilié est une attitude bien lâche et bien facile.
Dieu a doté tout les êtres, vivants ou non, d'une certaine force qui les pousse à persévérer dans leur existence. Toute chose veut continuer à exister, c'est ce qui fait tenir les cieux et la terre. Renier le combat quand il est nécessaire, renier l'affrontement alors qu'il pourrait nous sauver, c'est renier une partie de la nature de l'homme, c'est renier ses capacités de pouvoir persévérer dans son être.
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